ABYA YALA

Association de lutte contre toute forme de discrimination par les arts et les échanges

Festival féministe à Saillans 2021 : manifeste

Le festival La Crue est pour l’instant reporté à une date ultérieure.

MANIFESTE

Janvier 2021

Drôme, France

Ce festival est un espace pour montrer nos couleurs, crier les tabous, sortir nos paillettes, disserter, créer des espaces artistiques, réfléchir, faire face à la violence, jouer de la musique, faire la fête, vivre notre solidarité, panser nos plaies, partager nos doutes, affirmer nos convictions :

Contre ce système qui norme les êtres humains en deux genres* exclusifs et étanches, célébrons notre diversité : filles qui pissent debout, femmes qui n’auront pas d’enfants, mères gouines, personnes intersexes*, meufs hétéros, trans non-binaires, hommes avec un utérus, parents queers*… Notre diversité est infinie : montrons-la, car à elle seule elle fait voler en éclats les cases trop étroites dans lesquelles on nous veut rangé·es et contenu·es.

Face à la culture binaire qui essentialise les différences femmes-hommes en invoquant un ordre naturel, nous affirmons que ces différences sont construites et qu’elles servent la perpétuation d’un système inégalitaire. Nous entendons comprendre ces mécanismes, les décortiquer, les questionner, les déconstruire.

Ce festival est politique. Nous parlerons d’oppressions systémiques*, de luttes, et d’expériences émancipatrices parce que nous pensons que l’émancipation ne peut-être que collective.

Le langage est aussi politique. Nous sommes attentif·ves aux mots et pronoms employés.

Face à ce système capitaliste et colonialiste qui exploite et violente nos corps et nos territoires, en accentuant les inégalités et les injustices, nous continuerons à dénoncer et à transformer cette société.

Parce que nous ne voulons pas choisir entre sexisme et racisme, entre validisme et transphobie, entre colonialisme et domination de classe, entre âgisme et grossophobie, notre lutte contre ces oppressions multiples et cumulées se veut intersectionnelle : elle cherche à les prendre en compte sans les hiérarchiser.

Notre féminisme est pro-choix, il ne juge pas les personnes dans ce qui touche à leur corps ou à leur mode de vie. Par exemple, le choix de porter le voile, de porter une mini-jupe, de s’épiler, ou d’avoir des relations sexuelles tarifées ne font en aucun cas objet de jugement.

Dans une société qui divise, rassemblons-nous : les jeunes, les vieilles, les pauvres, le boucher, la députée, les néo, les locaux, les enfants, ton frère non-politisé, ta sœur malentendante, ce touriste, la nounou, etc.

L’énergie de ce festival est déployée pour que les personnes opprimé.es puissent se réunir et se renforcer, plutôt que pour convaincre les oppresseur·ses.

L’équipe qui porte ce festival et les intervenant·es accueilli·es sont en mixité choisie (hors hommes cis*) :

  • Pour faire une pause hors des rôles genrés qui demandent une attention épuisante. En mixité choisie, on ne passe pas notre temps à déplorer le temps de parole excessif des dominants : on parle d’autre chose ; à la fin de la réunion, on ne veille pas pour savoir qui passe un coup de balai ou nettoie les tasses : on parle d’autre chose. On agit.
  • Pour s’autonomiser, prendre confiance, se rendre compte qu’on est capables.
  • Pour donner à voir nos capacités : si nous construisons une scène, si nous montons dessus, si nous installons les lumières et réglons le son, d’autres se diront qu’elles peuvent le faire aussi.
  • Parce que la mixité choisie est un espace convivial et agréable.
  • Parce que les femmes et les minorités de genre sont sous-représentées dans l’espace public : ici, elles ont un espace de mise à l’honneur.

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Le genre est la construction sociale et culturelle de ce que serait être une femme ou un homme.

Une personne intersexe est née avec un corps qui ne correspond pas à une définition binaire traditionnelle du corps dit masculin ou féminin.

Queer est à l’origine une insulte que les communautés LGBT se sont réappropriée. Ce mot recouvre des expériences de vie et un rapport au monde qui s’inscrivent hors du modèle social binaire et hétéro-normatif.

Les oppressions systémiques sont des oppressions qui découlent d’un système politique, socio-économique et social ; elles produisent et renforcent les inégalités et les discriminations subies par différentes parties de la population.

Une personne cis est une personne dont le genre est en adéquation avec son assignation de sexe à la naissance.